PHOTOS & PASSIONS

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José Cabrero Arnal

  

 

 Ce 12 août 2009 j'ai eu le plaisir de recevoir de Monsieur Philippe GUILLEN, professeur d'histoire au L.P. J. Baylet de Valence d'Agen, le courriel suivant:

 

Bonjour,

Votre site est de grande qualité, bravo.

Pourtant il lui manque encore quelques lignes sur un personnage, hélas disparu, mais qui gagne à être connu. De plus cette année devrait être la sienne :

                 2009 est année ARNAL !     2009 es año ARNAL !

Qui sortira enfin de l'oubli Jose Cabrero Arnal ?

Quien hablara de Jose Cabrero Arnal este año ?

Il mérite pourtant et bien que son œuvre soit tenue pour « légère », (puisque tournée vers les enfants de familles populaires, qui plus est ! ….et pire encore : du dessin, rien que du dessin !) elle n'en fut pas moins in-dis-pen-sable pour certains.

Républicain, il a connu l'exil, le camp d'Argelés et même celui, très nazi, de Mauthausen. A survécu. Et pourtant il a su égayer notre jeunesse.

Si quelques uns d'entre nous se souviennent encore un peu des traits pleins ou déliés comme on se rappelle des tartines à la confiture de grand-mère, s'ils n'oublient pas ses vignettes colorées : une usine à rêves…de gamins (de gamins seulement ?), qui pourrait encore citer son nom ? ARNAL 

ARNAL, el rojo desconocido !

ARNAL ,  un « rouge » méconnu !                    

ARNAL, el dibujante, padre de PIF el perro.

Si-si, le père de PIF le chien !

                                 

En septembre 2009 il aurait eu 100 ans.

 

 

C'est donc avec empressement que je tiens à le remercier pour m'avoir transmis ce texte et les documents qui suivent:



2009, année Arnal !

Année Qui ?...Année Quoi ?...

 

 (un article de Philippe Guillen)


     Eh oui ! Arnal est bien méconnu aujourd'hui, et pourtant...

Pourtant, souvenez-vous espiègles Vaillants, rappelez-vousjoyeuses Vaillantes, vous l'avez bien connu autrefois. Mais bien sûr, me direz-vous : Arnal, c'est le père de Pif, de Placid et Muzo et de tant d'autres encore. Bref, l'un des grands noms de la BD de l'après-guerre ! Ses personnages et leurs aventures ont marqué les jeunes années de beaucoup d'entre nous.

S'iln'avait pas eu la mauvaise idée de disparaître en 1982, Arnal aurait eu 100 ans cette année. Rendons lui justice et sortons le de l'oubli ! Pour de nombreuses raisons, il le mérite.

Tout d'abord une précision : combien savent que ce dessinateur se nommait en fait, José Cabrero Arnal ? Qu'il était né à Barcelone, un 6 septembre 1909, de parents aragonais venus en Catalogne pour des raisons économiques. D'abord ouvrier-ébéniste, José devient mécanicien (de machine à calculer) puis se lance dans la bande dessinée. Nous sommes alors au tout début des années 30 et l'Espagne vient d'en finir avec une monarchie, à esprit étriqué, passéiste, pour choisir la République (en avril 1931).

C'est durant ces années là que notre jeune Arnal publie ses premières planches. A Barcelone, ville bouillonnante, coeur économique du pays, quelques revues spécialisées destinées aux enfants (les "illustrés" disait-on en France) lui ont ouvert leurs portes. C'est ainsi qu'il dessine pour:

Mickey, version espagnole (preuve de son talent : la sélection était rude)

TBO (célèbre revue qui donnera son nom à la BD espagnole)

KKO,

ou pour POCHOLO.

C'est dans cette dernière revue qu'il crée "Top el perro"( l'ancêtre ou papa de Pif) qui devient le héros d'un album : "les voyages extraordinaires du chien Top". Un autre album paraîtra aussi sous le titre: "Guerra en el pais de los insectos" (guerra : prémonition ?).

Sa carrière est maintenant lancée. Il n'a qu'une vingtaine d'années et il est promis à un bel avenir.

Pourtant, le 18 juillet 1936, les généraux fascistes espagnols tentent un coup d'état. Le putsch est raté mais ce sont les débuts d'une sanglante et fratricide guerre civile de 3 ans. Arnal, comme bon nombre de ses amis de "Pocholo" choisit son camp: il se range du côté de la République.

En 1939 le milicien républicain José Cabrero Arnal connaît la défaite et comme tant d'autres, la "retirada": l'exil et de l'autre côté des Pyrénées, les camps du mépris (il est interné à Argelés, puis Agde). Lorsqu'il en sort c'est pour rejoindre les Compagnons de  Travailleurs Etrangers (CTE) mais très vite il est fait prisonnier par les soldats allemands qui viennent d'envahir la France. Il est envoyé au Stalag et de là, déporté à Mauthausen (où il arrive le 27 janvier 1941). Dès lors il n"est plus qu'un matricule - le 6.299 - et travaille au magasin des vêtements du camp de la mort. C'est à ses talents de dessinateur, racontera-t-il plus tard, qu'il doit sa survie dans un camp où l'espérance de "vie" est pourtant très très courte.

Après sa libération, en mai 1945, il gagne Paris et, lui qui vient d'échapper à l'enfer, connaît la misère, les nuits sur un banc...

"Cuando volvi de Mauthausen pasé mucho tiempo, muchas noches dormia en un banco. No tenia otro vestido que el de deportado y asi me paseaba por Paris. La gente, en el metro, por la calle me daba dinero por la pinta que tenia. Vivia en plena miseria. De tanto en tanto, dormia en un hotel donde veia como saltaban los chinches desde el techo..."

Mais c'est à Toulouse où il est hébergé dans une famille d'accueil (quartier St. Cyprien) qu'il se rétablit et rencontre sa femme. En 1946, Arnal revenu à Paris, est finalement embauché par l'Humanité et l'Humanité dimanche, son supplément hebdomadaire. C'est dans les pages de ce journal communiste qu'il crée "Clopinet le canard", mais surtout "Pif le chien" (premier strip un 28 mars 1948). Le sympathique toutou succède à Félix le chat qui disparaît donc : nous sommes en pleine Guerre froide et les origines américaines de Félix n'ont pas joué en sa faveur. Au même moment et parce qu'il est catalogué communiste- un rojo-, les autorités refusent de donner à Arnal la nationalité française.

Quand la grande Histoire cogne dans la petite !...

Arnal collabore aussi à Vaillant, journal proche du PC (le peintre et résistant René Moreau en est le rédacteur en chef), pour lequel il imagine "Placid et Muzo". Mais le succès de son premier personnage est si grand qu'en 1965, Vaillant est sous-titré "le journal de Pif le chien" et sera même rebaptisé. En 1969 il devient "Pif gadget".

José Cabrero Arnal meurt à Antibes, un 7 septembre 1982 (quasiment le jour de ses 73 ans), mais son oeuvre lui survit, d'autant qu'avant sa mort même, et du fait de la fragilité de sa santé (séquelles des camps), d'autres lui succèdent et continuent Pif, Hercule, ou Pacid et Muzo. Et si l'on ne doit en citer qu'un, souvenons-nous de Roger Mars qui donne un fils au fameux toutou : Pifou (célèbre pour son talent oratoire : "Golp, glop lou, pas glop !")

Finalement c'est un peu grâce à Arnal, le petit catalan à grande imagination et aux doigts d'or, grâce au succès populaire de son chien de papier, que de jeunes dessinateurs vont être publiés (d'abord dans Pif) et leurs personnages connus. Merci donc à José Cabrero Arnal pour Rahan, docteur Justice, Corto Maltese,, Loup noir, Le concombre masqué, Dicentim le petit Franc, Gai luron, la jungle en folie, Arthur le fantôme, Tristus et Rigolus, Le Grêlé 7-13, Corinne et Jeannot, Les pionniers de l'espérance, Jerémy et Fils de Chine ...

 

Muchas gracias Arnal y viva la Républica ! ...

voir la suite > ARNAL

 

 

En castellano Entrevista Phippe Guillen

 



13/08/2009
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